Le temps, pour moi, câest une matiĂšre qui se dĂ©chire.
On me dit quâune heure fait soixante minutes. Je veux bien le croire. Câest Ă©crit sur les cadrans, sur les tĂ©lĂ©phones, sur les visages de ceux qui mâattendent. Mais dans ma tĂȘte, ça ne ressemble Ă rien de tout ça.
Parfois, une minute pĂšse une tonne. Elle refuse de passer. On a un rendez-vous Ă 14h, et dĂšs 10h du matin, la journĂ©e est morte. On ne peut plus rien commencer. On reste assis dans une salle dâattente mentale Ă regarder les secondes tomber. Câest la paralysie d’attente. Câest Ă©puisant de ne rien faire.
Et puis, il y a lâautre versant. Lâhyperfocale. On plonge dans un sujet, un livre, un projet. Le monde sâefface. On nâa plus faim, plus dâĂąge. On croit que dix minutes se sont Ă©coulĂ©es. On lĂšve les yeux : il fait nuit. Le temps a disparu dans une faille.
Les chercheurs appellent ça la « cĂ©citĂ© temporelle ». Katya Rubia, au Kingâs College, lâa vu Ă lâIRM : pendant lâhyperfocalisation, les zones du cerveau qui captent le passage du temps se mettent en veille. On avance dans le noir.
Le cerveau qui classe mal
Russell Barkley a passé sa vie à étudier le TDAH. Il dit que notre cerveau ne traite pas le temps comme une ligne, mais comme deux boßtes : « Maintenant » et « Pas maintenant ».
Le futur, câest du brouillard. Câest abstrait. Ce nâest pas de la paresse si on ne commence pas les choses Ă lâavance. Câest juste que pour le cerveau, le futur nâexiste pas encore. Il nâa pas de poids. Il ne devient rĂ©el que lorsquâil nous percute. Dans lâurgence. Dans lâadrĂ©naline.
On nous dit de faire des listes. De faire preuve de volontĂ©. Câest comme demander Ă un aveugle de regarder plus fort.
Mark Rapport, Ă lâuniversitĂ© de Floride, parle de « dĂ©ficit de saillance temporelle ». Chez nous, le chef dâorchestre est distrait. Il rate les signaux de dĂ©part. Le signal de dĂ©clenchement est cassĂ©. Dans son Ă©tude sur 400 adultes, 89 % rapportent cette difficultĂ© Ă dĂ©marrer, mĂȘme quand lâenjeu est vital.
La mémoire qui déborde

Il y a aussi ce rapport Ă©trange au passĂ©. Une odeur, un mot, et on est de retour en 1998. Laurent Mottron, Ă MontrĂ©al, explique que cette mĂ©moire ultra-dĂ©taillĂ©e vient dâun traitement perceptif diffĂ©rent. On se souvient du grain de la nappe dâun dĂźner dâil y a dix ans, mais on ne sait plus oĂč sont les clĂ©s posĂ©es il y a deux minutes.
Le passé ne reste pas derriÚre. Il squatte le présent. On repense à une phrase dite de travers, on la retourne dans tous les sens. On essaie de corriger une scÚne qui est morte depuis longtemps.
Vivre dans le temps des autres, câest une gymnastique Ă©puisante. Gloria Mark, Ă lâuniversitĂ© de Californie, a calculĂ© quâil faut 23 minutes pour retrouver sa concentration aprĂšs une interruption. Pour nous, câest pire. Ă la fin de la journĂ©e, on est lessivĂ©s. Pas par le travail. Par lâeffort dâavoir essayĂ© d’ĂȘtre « normal ».
Ce qui aide vraiment (selon la recherche et le terrain)
Sortir de la tĂȘte
Câest la base. Votre cerveau est un mauvais juge, alors retirez-lui le dossier.
Le Time Timer, ce disque rouge qui fond
Pas une appli quâon finit par ignorer. Un disque rouge, physique, qui se vide. Nir Eyal explique que cette visualisation spatiale contourne le bug de l’estimation temporelle. On voit les 30 minutes fondre. On ne les pense plus, on les voit.
Le body doubling, un corps à cÎté
Linda Anderson a documentĂ© ça : on travaille mieux quand quelquâun est lĂ . Il peut lire, travailler sur autre chose, ou ĂȘtre en visio. Peu importe. Sa prĂ©sence ancre dans le rĂ©el. Le corps de l’autre donne du poids au moment prĂ©sent.
Les sprints et la carotte
Oubliez les sessions de 2 heures. Barkley recommande des blocs de 15â25 minutes avec une micro-pause. Le cerveau neuroatypique a besoin d’une gratification immĂ©diate pour tenir. Un cafĂ©, une chanson, trois minutes dehors. Maintenant. Pas dans trois mois.
Lâalarme concrĂšte
Melissa Giesbrecht a suivi 200 adultes. Elle a vu que les alarmes « rdv dans 30 min » ne marchent pas. On les Ă©teint. Ce qui fonctionne, câest lâinstruction :
« Mets tes chaussures. Prends tes clés. »
Le cerveau a besoin d’ordres, pas de rappels abstraits.
La rĂšgle des deux minutes
Si ça prend moins de deux minutes, fais-le maintenant. James Clear et B.J. Fogg le disent : plus on repousse, plus la tĂąche grossit et finit par paralyser. Ranger cette assiette. Jeter ce papier. Deux minutes, top chrono. Ăa Ă©vite l’accumulation qui Ă©crase.
Accepter les béquilles
Ces outils sont des prothĂšses. Elles permettent de marcher dans un monde qui nâa pas Ă©tĂ© pensĂ© pour notre tempo.
Chez ODEOS, on ne cherche pas à vous réparer. On ne va pas vous transformer en horloge suisse. On cherche juste à comprendre comment votre propre temps fonctionne. à poser les choses, sans jugement. à trouver des stratégies qui ne font pas mal.
Si vous avez lâimpression de vivre dans un fuseau horaire diffĂ©rent du reste du monde, on peut en parler. Pour voir comment rendre la cohabitation plus douce. Comment arrĂȘter de culpabiliser. Comment construire un quotidien qui ne vous Ă©puise pas Ă ĂȘtre quelquâun dâautre.